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Art et Art-thérapie :
ces deux voies sont-elles conciliables ?
Introduction
J’ai découvert « la peinture d’expression à visée
analytique » à l’Atelier Vert-Lumière,
un an avant le début de la formation. Je terminais à ce
moment-là ma troisième année au Beaux-Arts de Paris,
où je pratiquais la peinture. Depuis ce jour, les rapports que
j’ai entretenus avec ces deux disciplines, l’art et l’art
thérapie, ont été tour à tour passionnants,
conflictuels, source de nombreux questionnements, de doutes, et d’enrichissements
multiples. C’est l’évolution de mes difficultés,
de mes interrogations et mes prises de conscience, que je mets ici à jour.
Art
et art-thÉrapie :
une cohabitation dÉlicate
1. Rencontre avec la « peinture d’expression »
Rapport au processus
Peindre selon les principes relatifs aux « peintures d’expression » a
opéré de vrais bouleversements dans ma façon d’appréhender
l’acte de peindre, et par conséquent ma pratique artistique.
Le processus à suivre pour élaborer ce type de peinture était
très précis : dans un premier temps, il s’agit de
laisser s’exprimer son inconscient, à l’aide d’un
jeu pictural.
Dans un deuxième temps, il s’agit de visualiser des images
mentales et les figurer le plus précisément possible, afin
qu’elles soient identifiables par tous. La « peinture d’expression» permet
de matérialiser, de concrétiser le psychisme.
La première fois que j’ai peint dans ces conditions, j’ai
eu quelques difficultés à m’adapter aux consignes
: il fallait tout d’abord déposer toutes les couleurs sur
la palette, puis une fois devant notre support, fermer les yeux, et laisser
aller notre pinceau dessus, en variant le trait et le mouvement de la
main. Une fois le jeu terminé, nous devions,à partir
de ce mélange de couleurs, de taches et de lignes, tenter de discerner
des formes figuratives, et les peindre telles que nous les voyions. Face à ce « programme » je
fus tout d’abord déconcertée, et mal à l’aise.
Je n’acceptais pas qu’il puisse y avoir des règles
si particulières à suivre.
Aux Beaux-Arts, aucun cadre de ce type n’existe. Chaque étudiant
est relativement libre, chacun a un travail personnel particulier. Les
professeurs de technicités ( gravure, sérigraphie, dessin
anatomique, modelage...) nous donnent des conseils bien précis
relatifs à leur discipline. Mais la personne qui nous guide au
coeur de notre travail personnel est un artiste qui intervient relativement
peu, il nous donne des conseils mais jamais de règles. Il nous
invite à être le plus curieux, le plus authentique, et le
plus engagé possible. (Chaque artiste a dans son atelier une dizaine
d’étudiants).
De plus, l’art-thérapie telle que je la connaissais avant,
permettait aux participants de peindre éventuellement d’après
une consigne, mais ensuite avec une totale liberté d’exécution.
Je découvrais donc à l’Atelier Vert Lumière
une possibilité nouvelle de peindre, qui impliquait l’acceptation
d’une ligne de conduite précise, chose qui n’était
pas simple pour moi à ce moment-là.
Cette façon de se servir de l’acte de peindre au profit
d’une « thérapie » me donnait le sentiment de
m’assujettir à une méthode, et ainsi réduire
la peinture à un outil. Je la soumettais vulgairement à ma
psychologie. Accepter cela était pour moi une façon de dévaloriser
l’acte de peindre en tant que tel, et par conséquent déprécier
ma pratique artistique.
J’étais un peu en colère, j’ai donc résisté par
moments intérieurement à ce « protocole». Mon
ego était touché, et malgré le plaisir que j’éprouvais à certains
moments, je sentais qu’un conflit intérieur naissait en moi.
Cette attitude réfractaire, cette façon de ne pas accepter
de participer pleinement à l’atelier m’a révélé plusieurs
choses : tout d’abord mon incapacité à faire confiance,
ma difficulté à remettre en question ma façon de
peindre, ma peur de perdre mes repères, et enfin ma totale identification à ma
pratique picturale.
Ces « peintures d’expression » que je découvrais
me surprenaient, dans leur processus, mais aussi dans leur propre contenu
pictural et symbolique.
Rapport à « l’Objet » peinture
Les peintures que j’exécutais dans ces conditions me semblaient être
tout à fait éloignées, voire opposées à celles
issues de ma pratique artistique. Lorsque j’ai débuté ce
travail de « développement personnel », mes tableaux
aux Beaux-Arts étaient plutôt abstraits, minimaux et contrôlés.
Ceux que je faisais en art-thérapie étaient par définition
figuratifs, très pulsionnels, et gras dans leur facture. Les scènes
que je représentais étaient particulièrement violentes,
habitées par des corps torturés, coupés, des animaux
féroces et dévorants. Il y avait des similitudes avec certaines
peintures que j’avais réalisées quatre ans auparavant,
au sein d’une école préparatoire aux Beaux-Arts. Entre
temps, mon travail avait évolué, et s’était
radicalement transformé. J’avais donc le sentiment de régresser à travers
l’art-thérapie, de revenir à une peinture qui datait
pour moi de plusieurs années, et pour laquelles je n’avais
pas beaucoup d’estime.
Le fossé qui existait maintenant entre ces deux types de peintures
(thérapeutique et artistique) était manifeste. (Bien que
dans certains de mes dessins ce vocabulaire vif et tranchant était
toujours présent) Les « peintures d’expression » que
je produisais me semblaient être des tentatives réussies
d’exhibition, ne possédant aucun intérêt artistique.
Je jugeais très durement ces travaux. Leur réalisation m’échappait
totalement, car seul mon inconscient guidait mon œil puis ma main. (C’est
d’ailleurs le but de cette démarche, mais aussi le piège
que je souhaitais éviter dans ma pratique artistique.) La conscience
n’intervenant pas directement, je n’accordais aucun « crédit »,
aucune valeur à ces travaux. Cela me renseignait sur ma façon
d’appréhender l’inconscient, sur le manque de confiance
que je lui octroyais, et au contraire la toute puissance que j’accordais à ma
conscience.
Ces peintures servaient donc à se comprendre, se connaître,
leur but était exclusivement individuel. Je reconnaissais l’utilité et
l’efficacité de cette démarche vers la « création
de soi », mais je ne reconnaissais pas la valeur de ces peintures.
Ce chemin me paraissait riche, essentiel et nécessaire, mais les « peintures
d’expression » qui le jalonnaient me semblaient vide d’intérêt,
une fois sorties de ce contexte, sorties d’une lecture symbolique.
Elles n’étaient pour moi que des outils, elles ne « méritaient » donc
pas plus d’attention.
C’était donc difficile pour moi de produire une peinture
n’ayant pas de crédit à mes yeux. J’avais le
sentiment de « trahir » ma peinture, celle que je connaissais
aux Beaux- Arts. Je refusais de mettre sur un plan d’égalité une
peinture artistique issue d’une recherche, d’un investissement
et de choix conscients, avec ces travaux issus d’une démarche
introspective, pouvant être le reflet de souffrances personnelles,
et servant à aider une psychologie déséquilibrée.
Ma façon de dévaloriser ce travail pictural me renseignait
sur ma façon de juger durement (par l’intermédiaire
de mon mental) les manifestations de mon ego. Car précisément,
dans ces peintures, mon ego (entre autres) s’exprimait pleinement
par l’intermédiaire de mon inconscient.
Étant donné le peu de considération que j’accordais à ces
travaux, et peignant par ailleurs dans un contexte artistique, j’avais
très peur d’être jugée sur leur qualité picturale.
J’étais dans une situation inconfortable. J’avais le
sentiment que les autres personnes étaient en attente de résultat
(projection). Je manquais clairement de confiance en moi, je me sentais
particulièrement exposée, et en position de fragilité.
Ce sentiment d’inconfort à plutôt diminué les
fois suivantes, accordant peu à peu plus de confiance à ce
qui m’entourait.
Toutefois, la séparation que j’avais commencé à mettre
en place entre ces deux disciplines picturales s’est affirmée
par la suite. Le début de la formation n’a pas réduit
ce fossé, mais m’a permis de poser clairement la problématique
propre à la pratique alternative de l’art et de l’art-thérapie.
Découverte de l’art-thérapie analytique transpersonnelle
dans le cadre de la formation
De nouveaux outils
Chaque « peinture d’expression » fait partie du processus
de « création de soi ». Après avoir matérialisé et
visualisé l’inconscient grâce au médium pictural,
il s’agit de symboliser, puis interpréter la peinture (accompagné par
l’art-thérapeute). Sur cette base, il est ensuite possible
d’engager une réelle transformation de soi, jusqu’à la
découverte du Soi (centre de gravité de l’appareil
psychique), et enfin, parvenir à la réalisation d’un état
supérieur de conscience, c’est-à-dire l’Être.
Au cours de la formation, nous avons développé les différents
concepts qui gravitent autour de la « création de soi ».
La première semaine, la découverte des fonctionnements,
des manifestations de l’inconscient et de la conscience, la découverte
de ce que signifient les notions d’expression, de création,
et d’art, ont profondément bouleversé ma façon
d’appréhender ma pratique artistique dans son résultat
et son processus, mais aussi ma façon d’appréhender
l’art en général. Durant cette formation, nous avons
donc défini clairement certaines notions qui n’étaient
pour moi jusqu’alors que des concepts abstraits.
Peu à peu, j’ai compris les ressorts du processus de la « création
de soi » et de la création artistique. De cette façon,
j’ai pu commencer à voir, à analyser et à décomposer
la peinture en général, thérapeutique ou non.
Nous avons par exemple mis à jour les trois accès allant
vers l’inconscient, c’est-à-dire l’énergie,
le jeu, le hasard : il existait donc des outils simples pour entrer dans
ce qui n’était pour moi jusqu’à présent
qu’un magma de pulsions informes et insaisissables. L’accès à l’inconscient
devenait possible et contrôlable. Pour le solliciter , il « suffisait» d’entrer
par l’une de ces trois portes.
À l’inverse, il était possible de solliciter la conscience à partir
de son imagination (« capacité à produire de nouveaux
rapports, de produire des idées et des dispositifs inhabituels,
non conventionnels »), ou à partir d’un modèle
externe (« une réalité extérieure sous toutes
ses formes »). Le fait de définir l’expression comme étant
la matérialisation, la manifestation spontanée de l’inconscient,
m’a permis de la repérer lorsque celle-ci se manifestait,
et de voir ses limites. Je découvrais par la même occasion
qu’il était possible de peindre consciemment son inconscient.
Ne pas confondre peindre l’inconscient et peindre inconsciemment.
Peindre l’inconscient, c’est être conscient que l’on
cherche son expression (G. Quitaud, Créer se créer, p. 57,
ed. Jouvence). Avant de faire cette distinction pendant la formation,
je peignais parfois de cette façon aux Beaux-Arts mais sans en
avoir précisément conscience.
Comprendre ensuite que la création naît lorsqu’une
zone inconnue est sollicitée et initie une évolution, m’a
permis de réaliser véritablement le processus qu’il
est nécessaire d’encourager et m’a permis de savoir
comment aller volontairement vers la création ou l’expression.
Découvrir que l’expérience artistique n’était
pas nécessairement une création, remettait totalement en
question ma façon de considérer l’art. Il était
donc possible de produire une oeuvre picturale sans que celle-ci soit
le produit d’une création. Quelle était donc la valeur
d’une oeuvre d’art, de quoi était-elle composée
?
Savoir que la couleur était directement liée à l’émotion,
la matière liée au corps, la forme liée à la
prise en compte du réel, la lumière à la pulsion
de vie, et la capacitéà détailler à la
capacité à faire confiance, tout cela était encore
des outils pour comprendre et décrypter ce qui oeuvrait dans une
peinture.
Comprendre qu’il existait différentes pulsions tout à fait
identifiables : pulsions de parures, d’imitation et de figuration,
savoir que les traits droits et les formes anguleuses sont liés
au masculin et les courbes au féminin (je voyais auparavant cette
affirmation comme un lieu commun invérifiable), comprendre l’importance
et la force du symbole, tout ceci m’a donné des clefs, des
outils décisifs pour comprendre la peinture en général.
Avoir à présent ces outils en main me permettait de voir
différemment, et parfois de décoder le contenu des peintures,
les comprendre dans leur processus et leur résultat.
Cette façon de décrypter les peintures, qu’elles soient
thérapeutiques ou non, m’a mise dans une situation inconfortable,
tout d’abord au niveau de ma création artistique personnelle,
et ensuite dans ma façon d’appréhender l’art
en général. Désormais, je ne pouvais plus peindre
aux Beaux-Arts avec la même conscience, ni regarder les oeuvres
d’artistes de la même manière.
Bouleversement dans ma pratique artistique
Dans ma pratique artistique quotidienne, j’allais maintenant avoir
conscience de ce que je mettais en jeu et sollicitais en moi au moment
où je peignais. Je savais quand ma conscience opérait, je
savais lorsque mon inconscient émergeait, j’étais
même capable de le solliciter volontairement. Je parvenais à comprendre
consciemment tout ce qu’il se passait en moi et devant moi, sur
la toile. Cela était très instructif et passionnant de comprendre
les mécanismes à l’oeuvre lors de la conception d’une
peinture, mais cela m’empêchait parfois de la laisser vivre,
de lui laisser la liberté nécessaire. J’avais cette
manie d’auto-évaluer chaque mouvement et chaque initiative.
Avant de connaître toutes ces notions que nous avons développées
pendant cette formation, j’étais un peu dans la position
de « l’imbécile heureuse », cela me permettait
de ne pas m’auto-critiquer autant, je me sentais moins responsable
de ce que je produisais, mettant une partie de cette responsabilité sur
le compte du « mystère » inhérent à l’oeuvre
d’art et à sa production.
J’avais également tendance à tout analyser : j’essayais
de comprendre la signification de certains objets ou formes que j’avais
peints ; les différents langages picturaux que j’employais
avaient une portée symbolique forte. Les travaux des étudiants
que je côtoyais dans mon atelier, devenaient aussi potentiellement
analysables. Je me suis parfois surprise à parler avec certains,
et les interroger sur le contenu de leur tableau : je leur demandais ce
qu’évoquaient pour eux tel objet, telle couleur ou telle
composition. Mon comportement était encore plus net avec la personne
qui peignait juste derrière moi : ses toiles étaient habitées
par des éléments à la fois figuratifs et abstraits.
Je cherchaisà savoir ce que certaines formes hybrides seraient
devenues si cette personne avait poussé un peu plus loin
la figuration. Je lui posais parfois clairement la question. De cette
façon, j’obtenais des informations susceptibles de créer
un début d’analyse, d’ouvrir quelques pistes en ce
sens. Cette façon de voir du symbole dans chaque chose me passionnait
lorsqu’il s’agissait des peintures des autres. J’avais
le sentiment de lire en eux, et de voir le chemin qu’ils auraient à parcourir
s’ils décidaient de s’harmoniser, conformément
au but recherché dans la « création de soi ».
En revanche, au niveau de mon propre travail pictural artistique, cela
me freinait plutôt, ne parvenant pas à agir sans être
parasitée par différentes analyses, points de vue, doutes,
et interrogations. Mes actes étaient décryptés, décousus,
mes repères étaient nouveaux, je ne pouvais plus continuer à créer
dans les mêmes conditions. Plusieurs questions se présentaient à moi
: que désirais-je atteindre à travers l’art ? Quelle était
mon intention ? Quelle existence, quelle raison d’être, quelle
valeur avaient réellement mes peintures ? J’étais
dans le flou.
Dans un premier temps, les prises de conscience successives issues de
la formation ont eu tendance à me paralyser dans ma pratique artistique.
Dans un deuxième temps, des changements résolument positifs
se sont produits, je les développe dans une prochaine partie. J’avais
le sentiment d’avoir démonté mon processus artistique
: tous les morceaux se trouvaient maintenant autour de moi, et je ne savais
plus de quelle façon et surtoutà quelles fins j’allais
pouvoir continuer à m’investir dans une voie artistique.
Bouleversement dans mon rapport à l’art en
général
En plus de découdre mon processus artistique et lire dans les
travaux des étudiants autour de moi, c’est à travers
les concepts développés pendant la formation que je percevais
les œuvres des artistes en général.
Les peintures de Pollock et de Twombly se réduisaient à des
manifestations pulsionnelles, pendant que Malevitch et Mondrian devenaient à mes
yeux des artistes malades et stériles, étriqués et
prisonniers de leur conscience. Même Picasso me semblait s’être
débattu de toute ses forces sans atteindre Le but (atteindre le
Soi), car il était encore possible d’avoir une lecture psychologique
de son œuvre.
Cette façon de lire les oeuvres d’art les transformait et
les réduisait à des manifestations symptomatiques. Selon
moi, l’artiste était malade dès lors qu’il était
possible de deviner ses failles, ses conflits intérieurs, ses blessures à travers
son travail. En art-thérapie analytique et transpersonnelle, les
choses sont claires : la peinture est la matérialisation de l’inconscient,
et souvent le révélateur de nombreuses souffrances ou disharmonies.
Son rôle est précis.
Dans le domaine de l’art, les peintures ne s’annoncent pas
de cette façon, et pourtant beaucoup reflètent ce type de
disfonctionnements présents chez l’artiste. Voir cela me
décevait et démystifiait d’un seul coup tout ce que
j’avais pu élaborer autour de l’œuvre d’art
en général. C’est avec des yeux nouveaux, et sous
l’angle psychologique que j’abordais les oeuvres. La pratique
artistique me semblait n’être alors qu’une tentative
vaine de se « soigner », de s’équilibrer. Je
pensais qu’il serait plus judicieux que chaque artiste cherche à s’introspecter
directement plutôt que de passer par le biais détourné de
l’art.
Comment après ce constat pouvais-je continuer à peindre
? Après avoir dévalorisé au maximum la « peinture
d’expression », j’étais au contraire en train
de l’idéaliser. Il m’apparaissait clairement que celle-ci était
la seule possible, car son rôle était déterminant.
Qu’y avait-il de plus fondamental qu’apprendre à se
connaître et chercher à s’harmoniser ? L’art
pouvait-il remplir une mission de la même importance ? L’urgence
me semblait être que chacun se serve de la peinture à des
fins thérapeutiques, c’est à dire à travers
la « peinture d’expression » à visée analytique,
et non par l’intermédiaire d’une pratique artistique.
L’œuvre d’art devenait à mes yeux le résultat
du mélange entre symptôme et recherche esthétique,
en quelque sorte la manifestation d’une névrose édulcorée.
L’art-thérapie telle que je l’apprenais me faisait
donc douter du processus artistique. L’art ne servait-il qu’à témoigner
d’une psychologie ? L’artiste déguisait-il simplement
ses aspirations spirituelles derrière cette pratique ? Cette nouvelle
vision de l’art n’était pas réellement valorisante,
et ne m’encourageait pas à poursuivre ma pratique aux Beaux-Arts.
Je craignais alors d’être contrainte de la mettre de côté,
car il me semblait clair que tant que je n’aurais pas résolu
la plupart de mes conflits liés au passé, je ne pourrais
pas produire un travail artistique valable. J’allais donc attendre
d’être harmonisée intérieurement, puis reprendre
ma pratique dans des conditions plus saines, et produire ensuite des oeuvres
dans lesquelles on ne pourrait plus lire mes difficultés ou mes
caractéristiques internes.
À quoi pouvait ressembler une œuvre qui ne laissait pas apparaître
la psychologie de son auteur ? Combien de temps allais-je devoir attendre
avant de renouer avec l’art ? Allais-je pouvoir produire un jour
un art « non compulsif », le seul art possible à mes
yeux ?
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